
Incontournable : Les Rayons et les ombres
Opinion
Avec près de 900 000 entrées depuis sa sortie en mars dernier, Les Rayons et les ombres connaît un succès historique, à trois titres.
Historique dans l'attrait du public pour un film de 3h19. A l'heure des formats courts et du binge-watching confortablement hébergé par le canapé du salon, cette performance commerciale démontre que la sortie au cinéma est populaire dès lors que le film en vaut la peine. C'est ici clairement le cas, on y vient.
Historique dans l'interprétation, merveilleusement portée par Nastya Golubeva-Carax et Jean Dujardin. La première est décrite par le réalisateur du film, Xavier Giannoli, comme un « miracle » ; c'est bien le cas, grâce à un jeu captivant, tout en tension et sans générer ce pathos dont on sature bien trop souvent. Le second était déjà connu pour être un excellent comédien et l'un des fils spirituels de Belmondo ; il marche désormais sur les traces d'Alain Delon, tant on retrouve un peu de L'Homme pressé et de Mr. Klein dans la sinistre fête collaborationniste et la spirale fatale de Luchaire.
Historique aussi dans le scénario, qui vient ajouter des pages nouvelles au roman des années noires, dont l'encre n'a jamais vraiment séché depuis 1945. Trois périodes viennent borner cette historiographie, façonnée par les chercheurs et les artistes. La première vient célébrer la Résistance, principalement communiste et gaulliste. La deuxième fait la lumière sur la déportation, la Shoah et la Collaboration. La troisième commence depuis quelques années à complexifier une grille de lecture trop souvent simplifiée.
Les Rayons et les ombres viennent précisément dire que la politique à l'épreuve de la guerre, c'est complexe. Oui le pacifisme le plus sincère peut mener à Sigmaringen, par intérêt et par cynisme, par jalousie et par peur, bref par abandon de soi. C'est la leçon de ce très grand film, qu'il faut aller voir sur un très grand écran.
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